Logiciel du marché ou développement sur mesure dans le BTP : la grille de décision en 7 critères
La question « faut-il développer ou acheter » se tranche mal en discutant de fonctionnalités. Elle se tranche bien en passant sept critères, dont plusieurs ont un seuil chiffrable.
Voici la grille que nous utilisons en atelier de cadrage. Elle est faite pour donner tort au développement sur mesure la plupart du temps — c’est ce qui la rend utile.
| Critère | Le standard suffit | Le développement se justifie |
|---|---|---|
| 1. Utilisateurs terrain | Moins de 10 | Au-delà de 15 à 20, le coût annuel de l’abonnement rejoint un budget de développement |
| 2. Contournements | Aucun tableur parallèle | Un processus central vit dans Excel parce que l’outil ne le modélise pas |
| 3. Spécifiques facturés | Aucun | Vous payez déjà de la prestation éditeur pour du spécifique |
| 4. Hors ligne | Travail en zone couverte | Sous-sols, chaufferies, zones blanches au quotidien |
| 5. Reporting | Les tableaux fournis répondent | Vous avez acheté une brique décisionnelle par-dessus l’outil |
| 6. Intégrations | Les connecteurs existants suffisent | Quelqu’un ressaisit d’un système à l’autre |
| 7. Échéance réglementaire | L’éditeur a une feuille de route datée | Votre conformité dépend d’un calendrier que vous ne maîtrisez pas |
Comment lire cette grille
Un seul critère à droite ne justifie pas un développement. Trois, dont au moins un parmi les critères 1, 3 et 7, justifient une étude sérieuse.
La raison est économique : les trois critères en question sont ceux qui produisent une dépense mesurable et croissante. Les autres produisent de l’inconfort, ce qui n’est pas la même chose.
Critère 1 : le seuil d’utilisateurs
Les grilles publiques du marché donnent l’ordre de grandeur. Comptez 29,99 € HT par mois et par utilisateur supplémentaire chez Axonaut, 19 € HT chez Batappli. ProGBat annonce des utilisateurs illimités mais plafonne à cinq connexions simultanées ses offres à 29 € et 42 € HT par mois, l’illimité passant par une offre à 138 € HT. Chez Praxedo, un collaborateur ayant besoin de l’accès web et de l’application mobile est facturé deux fois.
Le calcul à faire n’est pas le coût d’aujourd’hui mais celui à trois ans, avec l’effectif prévu. C’est souvent à ce moment que la discussion change de nature.
Critère 3 : le spécifique déjà facturé
C’est le critère le plus discriminant, et le plus facile à vérifier : ouvrez les factures de votre éditeur des deux dernières années et cherchez les lignes de prestation.
Chez Mecalux, sur Easy WMS, le constat des utilisateurs est sans détour : des ajustements de faible ampleur « nécessitent des développements spécifiques avec les coûts correspondants ». À partir de là, la question n’est plus « développer ou acheter » mais « développer chez qui, et qui détient le résultat ».
Critère 7 : la dépendance au calendrier de l’éditeur
Deux échéances rendent ce critère actuel. La facturation électronique, dont l’obligation de réception s’applique à toutes les entreprises assujetties depuis le 1er septembre 2026 et l’obligation d’émission aux PME et TPE au 1er septembre 2027. Et, côté transport, l’échéance eFTI du 9 juillet 2027 — qui oblige les autorités et non les transporteurs, mais qui suppose que l’outil sache produire des données conformes.
La bonne question à poser à un éditeur n’est pas « serez-vous prêts » mais « montrez-moi votre feuille de route datée et vos spécifications ». L’absence de réponse est une réponse.
Le chiffre qui remet les choses à l’échelle
Hardis, éditeur du WMS Reflex, documente la démarche de Manitou : sur 45 demandes de développement spécifique analysées par un « tribunal des spécifiques », 60 % ont été abandonnées, 26,4 % ramenées au standard, et 23,6 % conservées.
Autrement dit, dans une démarche conçue pour éliminer le spécifique, près d’un besoin sur quatre survit. C’est l’ordre de grandeur raisonnable : le développement sur mesure ne remplace pas le standard, il traite la fraction que le standard ne prend pas.
Ce que la grille ne dit pas
Elle ne dit rien du coût de la maintenance, qui se budgète dès le départ et non au moment où le besoin apparaît. Elle ne dit rien non plus de la capacité de l’entreprise à porter un projet : un développement réussi suppose quelqu’un en interne capable de trancher les arbitrages fonctionnels, ce qui n’est pas toujours disponible.
Sur ces deux points, une entreprise honnête avec elle-même s’épargne parfois un projet.
Pour aller plus loin sur les situations concrètes où le standard atteint sa limite, voir notre page logiciel sur mesure pour le BTP.
